Prise de Poste : les Quick wins : comment choisir vos premières victoires sans tomber dans l'activisme
Temps de lecture : 7 minutes
Pour les managers, gestionnaires et dirigeants dans leurs six premiers mois, qui veulent marquer des points sans se griller.
Par Guillemette Moreau, spécialiste du Coaching de Prise de Poste chez Coherence Coaching.
Regardez une finale de 1500 mètres et comptez les attaques.
Vous serez surpris : les coureurs qui gagnent n'attaquent presque jamais. Une accélération, parfois deux, placées au moment exact où elles font la différence. Les autres, ceux qui surgissent en tête au premier tour, relancent au deuxième, attaquent encore dans le virage, finissent invariablement dans le ventre mou du classement, cuits d'avoir voulu tout gagner tout le temps.
Les prises de poste connaissent exactement le même phénomène. On l'appelle l'activisme : ce réflexe du nouveau manager qui, pour prouver sa valeur, ouvre dix chantiers en six semaines, annonce des changements dans tous les sens, veut une victoire sur chaque front.
Six mois plus tard, aucun chantier n'a abouti, l'équipe est essoufflée, et la crédibilité que ces initiatives devaient construire s'est transformée en scepticisme poli : « lui, il annonce beaucoup ».
Les premières victoires - les fameux quick wins - sont pourtant indispensables.
Toute la question est de les courir comme un champion de demi-fond : peu d'attaques, mais les bonnes, au bon moment.
Table des matières

À quoi sert vraiment un "Quick Win' ?
On présente souvent le quick win comme une preuve de compétence : montrer vite qu'on sait livrer. C'est passer à côté de sa vraie fonction.
Dans les six premiers mois, personne ne doute sérieusement de votre compétence, on vous a choisi pour ça.
Ce dont tout le monde doute, en revanche, c'est de trois choses que le quick win, bien choisi, vient précisément établir :
- Que vous avez écouté.
La première victoire dit à l'équipe ce que vous avez retenu de vos premières semaines.
Si elle règle un irritant dont tout le monde se plaint depuis deux ans, le message est limpide : « il nous a entendus ».
Si elle porte sur un sujet dont personne ne parlait, le message est tout aussi limpide, et beaucoup moins flatteur. - Que les choses peuvent bouger.
Dans beaucoup d'équipes, le fatalisme est la vraie maladie : « ici, ça a toujours été comme ça ».
Une victoire rapide, même modeste, casse ce récit.
Elle rouvre le champ des possibles, et c'est ce capital d'espoir, bien plus que la victoire elle-même, qui financera vos transformations de fond. - Que gagner avec vous est agréable.
La façon dont vous livrez et célébrez la première victoire est scrutée autant que la victoire.
Si le crédit revient à l'équipe, vous venez de recruter des alliés pour la suite.
Si le crédit remonte vers vous seul, vous venez d'apprendre à tout le monde à ne plus se dépenser pour vos projets.
Autrement dit : le quick win n'est pas une démonstration de force.
C'est un acte de communication déguisé en résultat.
Les quatre pièges du quick win
- Le quick win cosmétique.
Repeindre la salle de pause, changer le nom des réunions, lancer un sondage de plus. Visible, rapide, sans risque et parfaitement transparent… Tout le monde voit qu'on a choisi la facilité.
Un quick win qui ne règle aucun problème réel ne construit rien. Il consomme même un peu de votre crédit, car il révèle ce que vous considérez comme une victoire. - Le quick win qui engage l'avenir.
C'est le piège inverse, et le plus dangereux : prendre, sous couvert de victoire rapide, une décision structurante : réorganiser un service, changer un outil majeur, modifier un processus central… avant d'avoir compris le terrain.
Rappelez-vous la règle du premier tour : on observe avant de trancher.
Un bon quick win se reconnaît à ceci qu'il ne préjuge d'aucun de vos grands choix futurs. Il libère du crédit ; il ne dépense pas vos options. - Le quick win volé.
Il arrive qu'un projet lancé avant votre arrivée aboutisse pendant vos premiers mois. La tentation de se l'approprier est humaine, c'est arrivé sous votre mandat.
Et l'effet est désastreux : l'équipe, elle, sait exactement qui a fait le travail.
Faites l'inverse : célébrez bruyamment cette victoire en l'attribuant à ceux qui l'ont construite, prédécesseur inclus s'il le faut.
Vous n'y gagnez aucun trophée, mais quelque chose de bien plus rare : la réputation de quelqu'un qui rend le crédit. - L'activisme, donc.
Dix quick wins ne valent pas trois fois plus que trois : ils valent moins.
Chaque chantier ouvert consomme de l'attention, la vôtre et celle de l'équipe, et chaque chantier inachevé raconte une histoire d'inconstance.
En course, on dit qu'une attaque qui n'est pas décisive est une attaque qui vous affaiblit. Fixez-vous une règle simple : jamais plus de deux ou trois premières victoires en parallèle, et rien de nouveau tant que la précédente n'est pas livrée.

La méthode : trouver, choisir, livrer, raconter
- Trouver : écoutez les irritants, pas les idées.
Le gisement des bons quick wins n'est pas dans votre plan stratégique, il est dans les conversations de vos premières semaines.
Une question le fait émerger presque à coup sûr, à poser dans chaque rencontre individuelle : « Qu'est-ce qui vous agace depuis longtemps ici, que personne ne règle jamais ? »
Notez tout. Les réponses qui reviennent trois fois sont vos candidates.
- Choisir : quatre critères, aucun négociable.
Une bonne première victoire est visible (son résultat se constate sans qu'on ait besoin de l'expliquer), rapide (livrable en 30 à 60 jours), réelle (elle règle un irritant authentique, pas un symbole), et réversible ou neutre (elle n'hypothèque aucune de vos grandes décisions à venir). Ajoutez un filtre de cohérence : elle doit pointer, même modestement, dans la direction de votre mandat.
Une victoire à contresens de votre feuille de route sème la confusion sur votre cap. - Livrer : avec l'équipe, jamais à sa place.
Le réflexe du nouveau manager pressé est de faire lui-même, c'est plus rapide et le résultat est garanti.
C'est aussi la meilleure façon de rater l'essentiel : une première victoire livrée en solo prouve que vous savez faire alors qu’une première victoire livrée par l'équipe prouve que l'équipe peut gagner avec vous.
Confiez le chantier à une ou deux personnes, donnez-leur les moyens et la protection nécessaires, et gardez pour vous le rôle qui est vraiment le vôtre : lever les obstacles. - Raconter : la victoire invisible n'existe pas.
Beaucoup de managers, par modestie ou par pudeur, livrent leur première victoire… et n'en parlent pas.
Erreur symétrique de l'activisme : en prise de poste, la visibilité fait partie du travail.
Un message à l'équipe qui nomme les artisans du résultat, une mention au comité avec les chiffres d'impact, un mot à votre supérieur qui relie cette victoire au mandat…
Trois gestes, dix minutes, et votre quick win travaille désormais pour votre crédibilité au lieu de dormir dans un rapport.
Après les premières victoires : le moment de vérité
Il faut finir par la partie que les guides oublient : les quick wins ont une date de péremption.
Vers le sixième mois, leur pouvoir s'épuise.
L'organisation a compris que vous saviez livrer vite, et elle attend maintenant autre chose : les transformations de fond, celles qui prennent des trimestres, celles pour lesquelles on vous a réellement nommé.
C'est un moment de bascule délicat, car les victoires rapides sont addictives : elles produisent de la reconnaissance immédiate, quand les chantiers de fond n'offrent que de l'effort silencieux.
Certains managers ne sortent jamais de ce régime : ils enchaînent les petites victoires pendant deux ans et s'étonnent qu'on leur reproche un manque de vision.
En course, on les reconnaît : ce sont les coureurs qui gagnent tous les points de passage… et jamais la course.
Vos premières victoires sont le sprint dans le sprint : elles vous achètent le silence bienveillant et le crédit politique nécessaires pour courir le reste de la distance.
Mais la course, la vraie, ce sont les mois 7 à 18, le moment d'imposer votre tempo.
La question à vous poser au sixième mois n'est donc pas « quelle est ma prochaine victoire rapide ? ».
C'est : « qu'est-ce que mes premières victoires m'ont permis d'acheter — et qu'est-ce que j'en fais maintenant ? »
Vous êtes dans vos premiers mois et vous hésitez entre plusieurs premières victoires ?
Ou vous sentez que l'activisme vous guette ? C'est un excellent sujet pour un regard extérieur...
Le Coaching de Prise de Poste est une de nos spécialités.
Montréal - Québec - Paris - International
Questions fréquentes sur les quick wins
❓Combien de quick wins faut-il viser dans une prise de poste ?
Deux ou trois, livrés dans les six premiers mois, suffisent largement.
Et un seul, bien choisi et bien raconté, vaut mieux que cinq dispersés.
Le critère n'est pas le nombre mais la lisibilité : à la fin du sixième mois, votre équipe et votre hiérarchie doivent pouvoir citer sans hésiter une ou deux choses concrètes qui se sont améliorées depuis votre arrivée.
❓Quelle différence entre un quick win et une priorité stratégique ?
L'horizon et la fonction.
- Le quick win se livre en 30 à 60 jours et sert à établir la confiance.
- La priorité stratégique se déploie sur des trimestres et sert à accomplir le mandat.
Le piège classique est de confondre les deux : traiter une transformation de fond comme une victoire rapide (elle échouera d'être précipitée), ou remplir son mandat de victoires rapides (il sonnera creux à la première évaluation).
Les deux se planifient ensemble, mais ne se gèrent pas pareil.
❓Que faire si je ne trouve aucun quick win possible dans mon contexte ?
C'est rare, mais ça arrive : contextes très contraints, organisations en crise, marges de manœuvre gelées.
Deux pistes :
- réduire l'échelle : un irritant d'équipe réglé en deux semaines est un quick win parfaitement honorable, même s'il est invisible du comité de direction
- changer de registre : clarifier une zone de flou qui empoisonnait tout le monde (rôles, priorités, circuit de décision) est souvent la victoire la plus appréciée qui soit, et elle ne coûte rien.
Si même cela est impossible, le signal dépasse la question des quick wins : c'est votre marge de manœuvre réelle qu'il faut clarifier avec votre hiérarchie.
❓Faut-il annoncer ses quick wins à l'avance ?
À votre supérieur, oui.
Inscrire vos premières victoires visées dans votre feuille de route (autour du jour 60) montre que votre plan est concret.
À l'équipe et au reste de l'organisation, soyez plus prudent : annoncer crée une attente, et une victoire rapide annoncée qui tarde devient une défaite lente très visible.
La règle des coureurs s'applique : on ne prévient pas ses adversaires avant d'attaquer.
On attaque, puis tout le monde constate.
Vous êtes dans vos premiers mois et vous hésitez entre plusieurs premières victoires ?
Ou vous sentez que l'activisme vous guette ? C'est un excellent sujet pour un regard extérieur...
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