Prise de Poste : gérer le Syndrome de l'Imposteur

Temps de lecture : 7 minutes

Pour les managers, gestionnaires et dirigeants qui viennent d'obtenir un poste… et qui se demandent en secret s'ils le méritent vraiment.

Par Guillemette Moreau, spécialiste du Coaching de Prise de Poste chez Coherence Coaching.

Elle venait d'être nommée directrice après un processus de sélection exigeant : trois entrevues, une étude de cas, cinq candidats écartés.
Et sa première phrase en séance de coaching a été : « Cette nuit je me suis réveillée avec le rêve du courriel qui m'annonce qu'ils se sont trompés de personne. »
Si cette phrase vous fait sourire d'un sourire un peu crispé, cet article est pour vous.

Car voici le paradoxe le mieux gardé des prises de poste : le moment où vous obtenez enfin le rôle que vous visiez est souvent le moment où vous doutez le plus de le mériter.

Et personne n'en parle, surtout pas les nouveaux managers, convaincus d'être les seuls sur la ligne de départ à entendre cette petite voix.

Table des matières

Les Quick Wins

D'où vient cette voix de l'imposteur (et pourquoi elle hurle précisément maintenant)

Ce qu'on appelle couramment le syndrome de l'imposteur (les chercheuses qui l'ont décrit à la fin des années 1970 parlaient plutôt de sentiment d’imposture) n'est pas une maladie ni un défaut de fabrication.

C'est un phénomène banal et largement répandu : le sentiment persistant de ne pas mériter ses réussites, attribuées à la chance, au timing ou à l'erreur d'appréciation des autres, accompagné de la peur d'être « démasqué ».

La prise de poste est le moment exact où l'écart entre ce qu'on attend de vous et ce que vous savez déjà faire est le plus grand.
Hier, vous étiez expert dans votre rôle, compétent, reconnu, en terrain maîtrisé.
Aujourd'hui, vous débutez dans le suivant.
Ce vertige n'est pas le signe que vous êtes un imposteur ; c'est la définition même d'une promotion.

On ne vous a pas nommé parce que vous saviez déjà tout faire.
On vous a nommé parce qu'on vous croit capable d'apprendre à le faire.

Les coureurs connaissent bien ce moment : la première fois qu'on s'aligne dans une course d'un niveau au-dessus. On regarde les autres athlètes s'échauffer et ils semblent tous plus légitimes, plus affûtés, plus à leur place.
Ce qu'on oublie, c'est que chacun d'eux a pensé exactement la même chose lors de sa première course à ce niveau.
Et surtout : les qualifications sont derrière vous. Vous êtes dans ce couloir parce que vos temps de passage vous y ont amené, pas par erreur administrative.

 

Les 5 signes que l'Imposteur a pris trop de place

Un doute passager est normal, et même utile, on y revient plus bas.

Mais certains comportements indiquent que le sentiment d'imposture est en train de piloter votre prise de poste à votre place.

Voici les plus typiques chez mes clients :

  • Vous surpréparez tout — au point de ne plus décider.
    Chaque réunion demande des heures de préparation, chaque courriel est relu cinq fois, chaque décision attend « une dernière vérification ».
    La surpréparation est le déguisement le plus respectable du doute : elle ressemble à de la rigueur, mais son vrai moteur est la peur d'être pris en défaut.
    Le symptôme qui ne trompe pas : les dossiers s'empilent en attente de votre validation.
  • Vous n'osez pas poser les questions « de débutant ».
    Vous hochez la tête en réunion devant un acronyme inconnu, vous reconstituez péniblement l'information par vous-même plutôt que de demander.
    Comme si poser une question revenait à avouer la fraude.
    Ironie cruelle : c'est précisément dans les 90 premiers jours que ces questions sont attendues et bienvenues, et c'est après qu'elles deviennent coûteuses.
  • Vous attribuez vos réussites au contexte, et vos difficultés à vous-même.
    Le projet avance ? « L'équipe est excellente, j'ai de la chance. »
    Un dossier accroche ? « Je n'ai pas été à la hauteur. »
    Ce tri asymétrique est la signature comptable du sentiment d'imposture : les gains vont au hasard, les pertes vont à vous.
    Aucun bilan ne peut être positif avec cette comptabilité-là.
  • Vous refusez la visibilité.
    Vous laissez d'autres présenter vos résultats, vous déclinez la prise de parole au comité de direction, vous minimisez vos premières victoires (« oh, ce n'était pas grand-chose »). Or, en prise de poste, la visibilité n'est pas de la vanité : c'est une partie du travail.
    Une victoire invisible ne construit ni votre crédibilité ni celle de votre équipe.
  • Vous travaillez deux fois plus, pour vous sentir deux fois moins bien.
    Soirées qui s'allongent, fins de semaine grignotées, impossibilité de déléguer « parce que c'est plus vite fait soi-même ».
    Le surinvestissement est une tentative de rembourser une dette imaginaire : puisque je ne mérite pas ce poste, je vais le mériter par l'épuisement.
    C'est le signe le plus sérieux des cinq, car c'est celui qui abîme : la santé, le jugement, et l'équipe qui apprend qu'on ne lui fait pas confiance.

Un mot important : si l'épuisement, l'anxiété ou la perte de sommeil s'installent durablement, ce n'est plus une affaire de coaching ou d'article de blogue. Parlez-en à un professionnel de la santé. Prendre soin de soi fait aussi partie du plan de course.

Les 100 jours d'une prise de poste

Transformer l'imposteur en allié : quatre déplacements

Bonne nouvelle : l'objectif n'est pas de faire taire cette voix car les gens qui ne doutent jamais font rarement de bons leaders.
L'objectif est de la remettre à sa place : passagère à l'arrière, pas pilote.

1. Changer le verdict en signal.

Reformulez ce que dit la voix.
« Je ne suis pas à ma place » est un verdict, invérifiable et paralysant.
« Je suis en train d'apprendre un rôle plus grand que mes réflexes actuels » est un signal, exact et actionnable.
Le doute, bien lu, est simplement le tableau de bord de votre courbe d'apprentissage : il indique où vous devez progresser, pas si vous méritez d'être là.

2. Passer du ressenti aux faits.

Le sentiment d'imposture prospère dans le flou.
Tenez, pendant vos six premiers mois, un journal de preuves : une note hebdomadaire de dix minutes où vous consignez ce qui a avancé grâce à vos décisions, les retours positifs reçus, les problèmes résolus.
Ce n'est pas de l'autocélébration, c'est le chronomètre du coureur. On ne discute pas avec un temps de passage : il est ce qu'il est.
Le jour où la voix hurle, relisez le journal.

3. Du secret à la parole choisie.

Le sentiment d'imposture tire sa force du silence
Tant que vous êtes seul à l'éprouver, il reste une vérité honteuse plutôt qu'une expérience banale.

Choisissez une ou deux personnes de confiance - un pair, un mentor, un coach… - et nommez-le simplement :
« Je traverse la phase classique du doute de prise de poste. »
Neuf fois sur dix, la réponse commence par « moi aussi ».

Attention au choix du destinataire, en revanche : votre équipe n'a pas besoin d'entendre vos doutes existentiels dans les premiers mois, elle a besoin d'un cap.
La transparence est une vertu qui se dose.

4 : Focaliser sur l'apprentissage plutôt que sur la performance.

Fixez-vous, pour les six premiers mois, des objectifs d'apprentissage à côté de vos objectifs de résultats : comprendre le cycle budgétaire, maîtriser la relation avec tel partenaire, apprendre à animer le comité...

L'imposteur intérieur mesure tout en performance pure.
Et en début de poste, la performance pure est forcément décevante, puisque vous débutez.

En mesurant aussi vos apprentissages, vous vous jugez enfin sur la bonne épreuve : celle du coureur qui monte de catégorie, pas celle du champion en titre.

Anticiper les rechutes

Une dernière chose, que les articles sur le sujet oublient souvent : le sentiment d'imposture ne suit pas votre plan 30-60-90 jours.
Il connaît des rechutes prévisibles : la première crise à gérer, le premier échec public, la première évaluation que vous donnez, la première réorganisation à annoncer...
Chacun de ces moments rouvre la question : « Un vrai manager saurait faire ça, lui. »

C'est normal, et c'est même bon signe : chaque rechute correspond à un nouveau palier de votre rôle.
Sur un 1500 mètres, le doute revient à chaque changement de rythme de la course — et les coureurs expérimentés ne s'en débarrassent pas : ils apprennent à courir avec.

À 18 mois, la voix sera toujours là, quelque part.
Mais ce sera vous qui tiendrez le chronomètre.

La vraie question n'est donc pas « comment ne plus douter ? ».

C'est : « qu'est-ce que je fais de mon doute pendant qu'il est là ? »

La petite voix prend trop de place dans votre prise de poste ?
C'est l'un des sujets les plus fréquents, et les plus rapides à faire bouger, en coaching.

Le Coaching de Prise de Poste est une de nos spécialités.
Montréal - Québec - Paris - International

Questions fréquentes sur le syndrome de l'imposteur en prise de poste

❓Le syndrome de l'imposteur est-il une maladie ?

Non. Ce n'est ni un diagnostic médical ni un trouble psychologique.
Les chercheuses qui l'ont décrit parlaient d'un « sentiment » ou d’une « expérience » de l'imposteur, largement répandue et le plus souvent passagère.

Cela dit, s'il s'accompagne d'anxiété durable, de troubles du sommeil ou d'épuisement, il est important d'en parler à un professionnel de la santé car ces signaux dépassent le cadre du développement professionnel.

❓Est-ce que le sentiment d'imposture touche surtout les femmes ?

Il a d'abord été étudié chez des femmes à haut potentiel, ce qui a durablement marqué les esprits, mais les travaux ultérieurs montrent qu'il touche très largement les hommes aussi.

En revanche, le contexte peut l'amplifier : être la première ou le premier de son profil à occuper un poste par son genre, son âge, son parcours… donne à la voix intérieure des arguments supplémentaires.

Le mécanisme reste le même, et les leviers pour le déjouer aussi.

❓Faut-il parler de ses doutes à son supérieur pendant une prise de poste ?

Avec discernement.

Parler de vos besoins d'apprentissage, oui, et c'est même stratégique : demander du soutien sur des points précis (« j'aimerais un point mensuel sur la dimension financière du rôle ») renforce votre crédibilité.

Déverser un doute existentiel global (« je ne suis pas sûr d'être fait pour ce poste »), non, pas dans les premiers mois.

Réservez ce niveau de confidence à un mentor, un pair de confiance ou un coach, dont c'est précisément le rôle.

❓Le sentiment d'imposture disparaît-il avec l'expérience ?

Il diminue à mesure que le rôle devient familier, mais il ressurgit typiquement à chaque nouveau palier : nouvelle promotion, nouveau périmètre, nouvelle organisation...

Beaucoup de dirigeants très expérimentés le connaissent encore.

La différence avec le début de carrière, c'est qu'ils ont appris à le reconnaître pour ce qu'il est : un signal de courbe d'apprentissage. Et à courir avec, plutôt que contre.

La petite voix prend trop de place dans votre prise de poste ?
C'est l'un des sujets les plus fréquents, et les plus rapides à faire bouger, en coaching.

Le Coaching de Prise de Poste est une de nos spécialités.
Montréal - Québec - Paris - International

Share This